Je me bornais à trouver des distractions pour résister, pour ne pas faire d'erreur. J'essayais d'imaginer les questions que je lui poserai demain, les réponses qu'elle pourrait me donner, ou plutôt que j'allais lui arracher. Bella en dévoilait tellement peu sur elle-même, que j'allais sûrement devoir la questionner sur la moindre petite chose pour connaître enfin ses secrets. Je voulais gagner sa confiance afin qu'elle se confie à moi.
Ma rêverie m'entraîna sur le chemin interdit des projets. Je m'imaginais seul avec Bella. Je n'avais plus les yeux dorés, mais vert, leur couleur naturelle de ma vie d'avant. Ce serait tellement plus simple ainsi, si je n'étais pas un vampire. Je pourrais enfin la toucher sans avoir peur de la blesser ou de la tuer à chaque seconde. Je secouais la tête pour chasser ces pensées qui me faisaient souffrir inutilement. Je souffrais déjà assez de ne pas pouvoir être avec elle comme je le souhaitais... inutile d'en rajouter.
Mes tentatives de distraction avaient été vaines. Il fallait que je voie Bella, maintenant. C'était un besoin vital pour ma santé mentale seulement, étant donné que c'était la seule chose qui me restait. Cette décision m'emplit de joie, ce qui anéantit toutes mes résolutions de ne pas commettre d'erreur.
Au moment où j'essayai de remettre de l'ordre dans mes idées, de poser des limites fermes quand je serai près de Bella endormie, Alice m'interrompit.
----- - Tu vas la rejoindre n'est-ce pas ?
----- - Oui.
----- - Tu ne veux toujours pas que je lui parle ? Ça ne fait rien, continua-t-elle avant même que j'aie pu répondre, ce n'est plus qu'une question de temps maintenant.
J'ignorai ses pensées et me focalisai sur les miennes, je préférais ne pas penser au moment où Alice et Bella seraient de grandes amies, comme le prédisaient les visions d'Alice.
Je courus jusqu'à la maison de Bella, passai rapidement et sans bruit par sa fenêtre. J'allais m'installer comme à mon habitude dans le rocking-chair, ma peau recommença à me picoter.
Bella était très agitée dans son sommeil, je ne l'avais jamais tant vu bouger en dormant. J'espérais que ce ne soit pas des cauchemars où je serais le méchant. Après tout, son subconscient pouvait peut-être avoir réellement saisi le danger que je représentais, et qu'elle refusait de voir. Elle murmura alors mon prénom avec tellement de tendresse que je n'avais plus de doute sur l'objet de ses rêves. Elle rêvait de moi, non pas comme le méchant de l'histoire, mais comme le prince charmant. Cela me fit rire malgré moi. C'était tellement ironique. Je n'avais rien d'un prince charmant, mais c'était plutôt flatteur.
Ses doux murmures reprirent, cette fois plus explicites :
----- - hm mm mon Apollon. Mmm Edward, je t'aime. Non, ne t'en vas pas ! sa main tendue vers son rêve
Elle m'aimait ! J'avais du mal à en croire mes oreilles, comment pouvait-elle objectivement tomber amoureuse de moi ? Cette fois encore, le bonheur me submergea avec une force que je n'avais pas prévu. Mes pieds se dirigeaient tous seuls vers son lit, je mourrais d'envie de la serrer contre moi, de répondre à son appel. Non, pas d'erreur. Je me l'étais promis. Il était hors de question que je la réveille.
Soudain, comme pour répondre à ma bataille intérieure, elle ouvrit les yeux. Je me figeai. Bien sûr dans la pénombre de sa chambre, il était impossible qu'elle me voie. Cependant, il fallait que je me glisse hors de sa vue, juste au cas où. Elle m'offrit alors la seconde que j'attendais, elle détourna les yeux pour allumer sa lampe. Une fois dehors, l'atmosphère était différente, je le remarquais seulement maintenant : j'avais ressenti la même tension, la même électricité, le même désir, que lors du cours de science nat.
Que pouvais-je conclure de cette constatation ? Bella et moi étions-nous attirés tel des aimants ? Comment pouvais-je lutter contre cette attraction si forte ? Cela me donnait une excuse supplémentaire pour retourner dans sa chambre dès qu'elle eut éteint la lumière. Mais la magie avait été rompue, elle dormit enfin sereinement le reste de la nuit. Peut-être avait-elle senti ma présence ? Cette seule pensée me combla de joie.
Alors que je m'apprêtais à partir, ses lèvres remuèrent une dernière fois.
----- - C'est trop vert !
Je ne pus retenir un éclat de rire qui se perdit dans la nuit, tandis que je me dirigeais vers la fenêtre ouverte. Heureusement, je n'avais pas ri assez fort pour la réveiller une seconde fois. Elle dormait paisiblement et profondément. Je pouvais partir l'esprit tranquille.
Avant que le jour ne se lève complètement, je retournai chez moi, pour me changer et prendre ma voiture afin d'accompagner Bella au lycée. Hors de question qu'elle échappe à mon interrogatoire !
Je me garai devant chez elle et attendis dans ma voiture, je voulais lui laisser le choix. C'était à elle de choisir ma compagnie, même si j'étais sûr de ce qu'elle choisirait. Je l'entendais déjà dévaler l'escalier et la vis se précipiter dehors. Elle approcha d'un pas hésitant, puis ouvrit la portière et s'installa à côté de moi. De nouveau un sentiment de plénitude me submergea.
----- - Bonjour, lui dis-je, comment vas-tu aujourd'hui ? Je constatai sur son visage les traces de sa nuit agitée.
----- - Bien, merci, dit-elle comme si de rien n'était.
----- - Tu parais fatiguée, pourtant, lançai-je finalement. Entre amis, on pouvait remarquer les cernes de l'autre, c'était normal. "Amis", ce terme ne me convenait décidément pas !
----- - Je n'ai pas dormi, avoua-t-elle. Ça, je le savais déjà, c'était la cause que je voulais connaître. Mais si je le lui avais demandé directement, elle aurait deviné que je lui cachais quelque chose.
Elle mit sa main dans ses cheveux, ce qui amplifia sa délicieuse odeur. J'arrivais à me contrôler un peu plus maintenant, essayant de me concentrer sur autre chose.
----- - Moi non plus, rigolai-je en mettant le contact.
----- - J'ai quand même dû dormir un peu plus que toi, objecta-t-elle.
----- - J'en suis persuadé. J'en étais sûr en fait, puisque j'avais été aux premières loges.
----- - Alors, à quoi as-tu consacré ta nuit ?
La voilà qui recommençait avec ses questions, cette fois c'était mon tour, elle savait déjà assez de choses sur moi. De plus, elle avait toujours l'art et la manière de poser la question à laquelle je ne voulais pas répondre.
----- - Bien tenté, mais c'est à mon tour de poser les questions, je te rappelle.
----- - Oh, j'avais oublié. Que veux-tu savoir ? demanda-t-elle comme si la question allait être vite réglée... mais elle se trompait ! Une journée n'y suffirait pas. Une excuse supplémentaire pour passer du temps avec elle. J'en jubilais intérieurement.
----- - Quelle est ta couleur préférée ? Autant commencer par des choses simples, la connaissant, elle ne me faciliterait pas la tâche. Je décidai donc d'y aller crescendo.
----- - Ça varie selon les jours.
En effet, je ne m'étais pas trompé, elle commençait déjà à esquiver des questions toutes simples. Tout compte fait même deux jours entiers n'y suffiraient pas !
----- - Quelle est ta couleur préférée aujourd'hui ? Insistai-je. Je voulais obtenir des réponses, cette fois, elle n'y couperait pas.
----- - Le marron, sans doute.
----- - Ah bon ? Je ne compris pas son hésitation. Une fois de plus sa réponse me surpris, je m'étais attendu au jaune, couleur du soleil qui lui manque tant.
----- - Oui. C'est une couleur chaude, expliqua-t-elle. Elle me manque. Tout ce qui est censé être brun, les troncs, les rochers, la boue, est couvert de mousse verte, ici.
Ainsi, tout s'expliquait ! Je ne pus retenir un sourire en repensant à son expression de cette nuit : "c'est trop vert !"
Je n'étais pas loin de la vérité tout compte fait. Mon esprit rapide de vampire me permis à la fois d'analyser sa logique fascinante qui associait le vert à l'humidité et le marron à la chaleur, tout en me perdant dans son regard chocolat. En temps normal, j'aurais associé la couleur du sable ou du soleil à la chaleur. Mais ses yeux et ses cheveux brun irradiaient tellement à côté de moi, que je ne pouvais contester ce qu'elle venait de me dire.
----- - Tu as raison, reconnus-je, le brun est chaud. Ceci était d'autant plus vrai que je pouvais sentir la chaleur irradier de sa peau derrière ses mèches brunes. Je voulus alors vérifier par moi-même, je repoussai une mèche de ses cheveux derrière son épaule, puis je me souvins que je devais lui éviter tout contact qui pouvait lui être désagréable. Ne venait-elle pas de reconnaître que la chaleur lui manquait ? Être chaud, moi aussi, ce serait vraiment plus pratique. Elle n'esquiva pas mon geste. Au contraire, elle se rapprocha comme une invitation à la caresse. Comme pour réaliser son rêve. J'en étais bouleversé. Son corps me donnait les réponses que ses pensées me refusaient.
Nous étions arrivés au lycée, elle ne sembla pas le remarquer aussitôt. Je réfléchissais à une question précise à laquelle elle ne pourrait pas se dérober.
----- - Qu'as-tu comme musique en ce moment dans ton lecteur de CD ? J'espérais vraiment qu'elle accepte enfin de se confier à moi. Ma question était assez précise et simple à mon avis pour qu'elle y réponde sans esquive.
Elle me répondit qu'elle avait laissé le CD de Miyavi que lui avait offert son beau-père dans son lecteur. Je connaissais ce groupe, mais ce n'était pas un de mes favoris. Je le sortis du compartiment, pour le lui montrer.
----- - Tu préfères ça à Debussy ? Pour moi, c'était incomparable. J'allais devoir lui apprendre à aimer le piano !
Je continuai ainsi toute la journée, sans me lasser, elle était tellement passionnante. Mais bien évidement, elle essaya d'esquiver une bonne partie de mes questions. Elle se trahissait quand elle ne voulait pas me répondre honnêtement en rougissant d'une manière adorable.
Ainsi, grâce à ce détecteur de mensonge, je pouvais aisément la questionner d'avantage sur les sujets qu'elle voulait éviter. Ce fut le cas lorsque je voulus savoir quelle était sa pierre précieuse préférée. Je ne compris pas pourquoi cela la gênait. Elle me répondit que c'était la topaze, et ses joues s'embrasèrent immédiatement. Je pris alors un malin plaisir à connaître les raisons de ce rougissement spontané. La topaze est une belle pierre, pourquoi serait-elle embarrassée ? Elle refusait de me dire la vérité. Je fis alors appel à mes talents de persuasion. Malheureusement pour moi, elle avait anticipé cela aussi, car elle refusait de me regarder dans les yeux, il m'était alors impossible de l'éblouir. Mon inaptitude à lire ses pensées était de plus en plus frustrante. Je me bornai alors à lui demander pourquoi elle était si embarrassée. A ma plus grande surprise, et satisfaction, elle obtempéra enfin, elle évitait cependant de me regarder, je le regrettais, j'aimais tellement lire dans ses yeux ce qu'elle voulait me cacher. Elle était concentrée sur la mèche de cheveux qu'elle tortillait.
----- - C'est la couleur de tes yeux aujourd'hui, soupira-t-elle. Si tu me posais la question dans deux semaines, j'imagine que j'opterai pour l'onyx.
Elle en avait dit plus que ce que j'avais espéré. Ce petit aveu en disait long, très long. J'avais du mal à réaliser tout le sens qu'il prenait. Je comprenais mieux pourquoi elle n'osait pas me dire ce qui la gênait, pourtant, il n'y avait pas à avoir honte. Moi aussi, ma couleur préférée en cet instant aurait pu être la couleur de ses yeux. Je ne pouvais pas lui en vouloir. Je n'avais cependant pas l'intention de laisser paraître mon trouble. Il était hors de question que mon interrogatoire s'arrête maintenant. Je n'en savais pas encore assez sur elle.
----- - Quelles sont tes fleurs préférées ? Continuais-je
Je posais donc mes questions inlassablement jusqu'au cours de science nat, et ses réponses me fascinaient toujours autant. J'avais vraiment beaucoup de mal à me détacher de l'emprise qu'elle avait sur moi. Je devrais cependant attendre la fin du cours pour reprendre là où l'on s'était arrêté. J'aurais aimé que Bella propose de sécher le cours de Mr Banner, mais ce n'était pas dans son caractère, elle était responsable, je ne pouvais pas le lui reprocher. N'empêche, ce film me paraissait interminable.
C'était l'instant redouté. J'espérais que la magie de la pénombre refasse effet, ce sentiment était tellement nouveau pour moi, mais en même temps je l'appréhendais. Cette tension électrique entre nos deux corps était réellement perturbante, et pas seulement pour moi vu la façon dont s'était figée Bella la dernière fois, cela avait dû lui être vraiment inconfortable.
Comme au dernier cours, je n'éloignai pas ma chaise d'elle, je me rapprochai un peu au contraire, mais pas assez pour qu'elle le remarque néanmoins. Je ne gardais qu'un espace suffisant pour respirer. Je sentais la chaleur de son corps sur mon flanc. Ce n'était pas désagréable, mais au contraire comparable à une caresse qui me réchauffait. Nous étions si proche l'un de l'autre, isolés des autres par l'obscurité de la pièce. Je vis ma main se tendre vers Bella, l'effleurer ne lui ferait pas de mal, je pensais même qu'elle serait plutôt d'accord. Cependant, je ne pouvais pas me le permettre. Je ne voulais pas lui imposer la froideur de ma peau.
Pour éviter tout mouvement incontrôlé, je croisais mes bras et serrais les poings. Je sentais ce désir qui n'était pas la soif, si nouveau pour moi, qui grandissait et défiait mon self-contrôle. Je tentais de lutter contre lui. Pour m'aider, je décidai d'étudier la position de Bella, cela m'en apprendrait peut-être plus sur elle. Grâce à elle, je percevais une nouvelle façon de lire les sentiments humains. C'était plus subtil et en même temps plus fort. Et je progressais de jour en jour !
Elle était penchée sur sa paillasse, menton sur ses bras croisés, doigts agrippés au rebord de la table, elle semblait très tendue et très concentrée en même temps. Elle avait le regard rivé sur l'écran sans voir le film pour autant. Cette fois encore le fait de ne pas lire ses pensées m'agaça au plus haut point. Et je ne pouvais pas le lui demander, la salle était trop silencieuse. Elle ne croisa mon regard à aucun moment. Ce n'était pas plus mal, car si j'avais plongé mes yeux dans la profondeur des siens, je n'aurais pu m'en détacher, et j'aurais sûrement perdu mon self-contrôle.
Par moments son corps se penchait très légèrement vers moi. Était-ce dû à cette attraction électrique, ou était-ce un mouvement pour déraidir ses muscles ? Seul un vampire était capable de rester pétrifié des heures ainsi, il était donc normal qu'elle bouge, ne serait-ce qu'un mouvement infime, pour relaxer un tant soit peu son corps crispé par la concentration. Je me demandais pourquoi elle déployait tant d'effort. Je me souvins alors de cette nuit, nous étions attirés comme des aimants. Elle ressentait la même tension que moi, le même désir, mais elle n'était pas obligée de lutter comme moi, ou alors, avait-elle perçu les conséquences que cela pouvait avoir sur sa vie ? Je ne pense pas, elle était trop confiante pour ça !
Finalement, l'heure s'écoula, lentement d'un sens et rapidement pour d'autres raisons. Je luttais contre moi-même entre rationalité, désir et prudence. La prudence arracha la victoire de justesse quand les lumières se rallumèrent.
Bella me regarda enfin, d'un regard interrogateur. Elle ne comprenait pas mieux que moi ce qui venait de se reproduire alors que nous nous trouvions dans le noir.
Je l'accompagnai jusqu'au gymnase pour son prochain cours, en silence, ce désir si fort m'avait fait perdre le fil de mes questions. Bella marchait à côté de moi, assez près pour que je sente sa chaleur sur mon bras, mais pas assez pour que je passe mon bras autour de ses épaules, je voulais lui prendre la main, lui caresser le bras, mais là encore je ne pouvais obéir à mon désir.
Je me contentai alors de la regarder, elle avait encore cette petite ride entre les deux yeux, qui signifiait qu'elle était soucieuse et que j'aurais aimé effacer d'une caresse de mes doigts. Je ne voulais pas qu'elle s'inquiète pour quoi que ce soit.
Comme le jour précédent, une fois devant le gymnase, elle plongea ses yeux dans les miens, et cette fois encore, le désir remporta la victoire. Ma main se leva pour aller caresser sa joue, aussi fragile que le plus fin des verres, aussi fragile et délicate qu'une bulle. Je fis glisser le dos de ma main de sa tempe jusqu'à son menton avec une douceur sans égal. Je voulais plus cependant, ma main se réchauffait au contact de sa peau, mon désir grandissait, je sentais battre son sang sous sa peau fine. Je voulais glisser ma main sur sa nuque, prendre une mèche de ses cheveux et la faire descendre le long de sa gorge. Plus d'erreur. Il m'était vraiment difficile de retirer ma main, tant son contact était agréable. Ses yeux étaient encourageants, ce qui me décida à arrêter, elle avait beaucoup trop confiance en moi. La même confiance absolue que me vouait Carlisle. Je ne méritais pas une telle confiance. Je m'éloignai alors en silence, sentant son regard sur mon dos.
----- - Eh gamin, t'en fais une tête ! C'est encore à cause d'elle ? pensa Emmett juste avant de rentrer en cours d'espagnol.
----- - Ça se voit à ce point là ? Évidemment que ça se voyait ! Je n'arrivais pas à gommer mon trouble. D'ailleurs quand je repensais à la douceur et à la chaleur de sa peau, j'en étais encore tout troublé. Pourquoi me faisait-elle un tel effet ? Moi qui étais resté insensible au charme de centaines de femmes, humaines ou immortelles. Je m'étais fait à l'idée d'être dépourvu d'émotions envers les femmes, ce qui avait son avantage.
En effet, je n'avais pas à obéir à mes pulsions comme mes cousines de Dénali, qui avaient tué beaucoup trop d'hommes avant de pouvoir maîtriser leur force.
----- - Alors tu m'expliques ce qui ne va pas cette fois ? Lança Emmett beaucoup trop vite et beaucoup trop bas pour que des oreilles humaines puissent comprendre quoi que ce soit.
Comme souvent, nous étions installés dans le fond de la classe, ce qui nous permettait de discuter tranquillement sans que nos voisins de devant nous entendent.
----- - C'est compliqué, tu sais. Tout me fascine en elle, ses yeux, sa peau, son odeur, ses cheveux, ses réponses inattendues à mes questions, son sang... elle a une emprise totale sur moi. J'ai beaucoup de mal à gérer ça tu sais. C'est complètement nouveau pour moi. Vous connaissez tous ce sentiment dans la famille, mais pas moi. Si seulement Bella n'était pas humaine et fragile... et paradoxalement c'est une partie d'elle qui me fascine. Je m'efforce de l'avertir du danger que je représente, mais j'ai l'impression qu'elle est dépourvue d'instinct de survie.
----- - En effet c'est vraiment compliqué ton histoire. Je comprends un peu plus pourquoi tu n'as pas voulu la tuer. Mais je ne comprends toujours pas comment tu as pu résister. T'en fais pas gamin, tout finira par s'arranger, j'en suis sûr. Et fais confiance à Alice pour nous prévenir s'il devait se passer quoi que soit. Elle est aussi très attachée à cette humaine, bizarrement.
----- - Merci d'essayer de soulager ma conscience Emmett, mais j'ai du mal à visualiser une fin heureuse pour cette histoire. Tu peux m'expliquer objectivement comment une humaine peut avoir une relation amoureuse avec un vampire, même végétarien, sans qu'elle ne soit blessée ou pire... je n'ose même pas y songer.
----- - Tu réfléchis trop Edward, tu ferais mieux de focaliser ton attention sur elle si c'est ce que tu veux et non sur tes angoisses. Je n'ai jamais vu un vampire aussi stressé que toi quand il s'agit de cette fille.
Je voyais bien qu'Emmett essayait de faire de l'humour pour m'apaiser, mais rien n'y fit. Le cours passa avec une lenteur déconcertante, ce qui me laissa le temps de réfléchir sur l'attitude que je devais adopter vis-à-vis de Bella. Mais avant, ma curiosité l'emporta, je me concentrai sur les pensées de Mike, et je fus surpris par l'hostilité qui y régnait. Il me détestait au plus haut point, chose qui était réciproque, mais ce qui le mettait le plus en colère c'était le fait que Bella me préfère à lui. Ce qui suffit à me redonner le sourire. Bella quant à elle, n'avait pas pris le risque de participer au match, ce qui me rassura.
----- - Sa santé mentale m'inquiète de plus en plus chaque jour . Pensa Emmett à côté de moi en me voyant sourire alors qu'à peine quelques minutes plus tôt je déprimais.
Je dois avouer que c'était assez déroutant pour moi aussi de passer continuellement d'un stade à l'autre.
Dès que la sonnerie se fit entendre, je me précipitai vers le gymnase tout en essayant de garder une allure humaine. Une fois devant la porte, j'entendis l'empressement maladroit de Bella. Ainsi je n'étais pas le seul à être impatient, ce qui n'était pas pour me rassurer. Mais j'avais décidé de laisser mes angoisses de côté pour le moment, j'aurais toute la nuit pour y réfléchir. Pour l'instant je voulais en savoir encore plus sur Bella. Je connaissais à présent ses préférences dans presque tous les domaines, et les détails de sa vie, maintenant je voulais connaître ce qui lui manquait de sa vie à Phoenix.
Elle sortit précipitamment du gymnase et se dirigea droit vers moi en m'offrant un sourire rassuré, comme si elle avait eu peur que je ne sois pas là à l'attendre. C'est pourtant ce que je me destinais à faire pour l'éternité. Je lui souris à mon tour avant de relancer une nouvelle batterie de questions, auxquelles elle répondit avec beaucoup de sincérité. Elle prenait le temps de réfléchir avant de répondre, et elle essayait de me faire partager ses émotions en me décrivant des détails comme l'odeur des créosotes, ou le chant des cigales. Elle utilisa même des gestes pour me montrer l'ampleur de ces paysages qu'elle aimait tant.
De temps en temps je voyais l'hésitation briller dans ses yeux, je l'encourageai alors à se livrer sans retenue, je ne voulais pas qu'elle ait peur ou honte de me faire partager ses pensées. Je voulais même qu'elle en prenne l'habitude, ce qui calmerait ma frustration de ne pas entendre ses pensées moi-même.
----- - Tu as terminé ? lança-t-elle soulagée après en avoir fini avec le désordre de sa chambre de Phoenix.
----- - Loin de là, mais ton père va bientôt rentrer. Il était certainement déjà en route et je n'allais sûrement pas tarder à l'entendre.
Elle soupira en regardant le ciel sombre, elle n'avait pas dû prendre conscience de l'heure. J'avais moi-même tendance à perdre la notion du temps quand je me retrouvais avec elle. Elle avait un tel pouvoir sur moi, c'était très nouveau et très perturbant pour quelqu'un comme moi. Mon c½ur avait cessé de battre depuis cent ans, et voilà que maintenant il commençait à peser lourd dans ma poitrine.
----- - C'est le crépuscule, murmurais-je le regard fixé sur l'horizon.
C'était exactement ce qu'était Bella pour moi, mon crépuscule. Elle était la lumière de ma nuit sans fin. Avant de la connaître, ma vie était une nuit éternelle et sans but. Comment lui dire la passion qu'elle m'inspirait tout en lui faisant prendre conscience du danger que je représentais pour elle. Elle m'avait sauvé de ma nuit, et moi je risquais à tout moment de la plonger à son tour dans cette nuit éternelle.
Elle me fixait d'un regard interrogateur, elle avait surpris mon trouble et se demandait sûrement quelle en était la cause. Je pouvais voir à son visage qu'elle brûlait de me questionner comme à son habitude, et la seule raison qui l'empêchait de le faire, était que j'avais demandé à ce que se soit mon jour de poser les questions.
----- - C'est le moment de la journée le plus sûr pour nous, dis-je pour répondre à la question qui brillait dans ses yeux. Je ne pouvais m'empêcher de satisfaire sa curiosité, c'était d'ailleurs l'une de mes faiblesses. Le plus agréable, le plus triste aussi, en quelque sorte... la fin d'un jour, le retour de la nuit. L'obscurité est tellement prévisible, tu ne trouves pas ?
Je resongeais à toutes ces nuits passées à étudier, à bricoler les voitures avec Rose, les parties de chasse avec Emmett ou encore les combats avec mes frères. Ne pas dormir la nuit laissait énormément de temps, trop de temps pour quelqu'un qui avait déjà l'éternité devant lui... maintenant pour me distraire la nuit, j'avais une nouvelle occupation, une nouvelle passion, ce n'était peut-être pas une bonne chose, mais j'étais incapable de m'en passer...
----- - J'aime la nuit, décréta-t-elle. Sans elle, nous ne verrions pas les étoiles. Bien qu'ici ce ne soit guère facile.
Je ne pus m'empêcher de rire devant la réponse surprenante comme à chaque fois, face à ce que je venais de lui dire. Elle semblait déçue, ainsi elle aimait regarder les étoiles. Je m'imaginais alors, l'emmenant les voir, la serrant contre mon torse, par une chaude nuit d'été pour éviter que je ne la glace avec ma peau de marbre.
----- - Charlie sera ici dans quelques minutes. Donc à moins que tu ne tiennes à lui révéler que tu passeras ton samedi avec moi... ce que j'aurais préféré pour me donner une raison supplémentaire de ramener Bella en vie.
----- - Non merci.
Lorsqu'elle récupéra ses affaires, je m'aperçus à ses mouvements raides qu'elle était restée tout ce temps dans la voiture presque aussi immobile que moi. Cette fille n'avait vraiment pas des réactions normales pour une humaine. Elle aurait dû se plaindre de l'inconfort de sa position. Elle me tira de mes réflexions.
----- - Demain, c'est mon tour, hein ? demanda-t-elle pleine d'espoir.
----- - Certainement pas ! M'outrageais-je. Je n'en ai pas terminé avec toi !
----- - Qu'y a-t-il de plus à savoir ? dit-elle surprise.
----- - Je te le dirai demain.
Elle ne parvenait pas à comprendre que je désirais connaître chaque minute de la vie qu'elle avait eue sans moi. C'était important pour moi de savoir tout de ce qu'elle aimait ou n'aimait pas, les personnes qu'elle avait connues avant moi et toutes les choses qui avaient façonné sa vie.
Comme je me penchai devant elle pour lui ouvrir la portière, en parfait gentleman, cette proximité lui déclencha des palpitations dans la poitrine. Plus je m'approchais d'elle et plus son c½ur s'emballait. Si cela avait été encore possible, mon c½ur aussi se serait sûrement affolé. Je sentais son arôme sur ma langue, mais je pouvais résister, j'étais plus fort que le monstre.
----- - A qui peut bien appartenir cette voiture garée chez Charlie ? C'est une voiture neuve, et qui doit sûrement valoir cher. Elle ne peut appartenir qu'au Cullen. Comment un Cullen ose-t-il approcher la fille de Charlie ? Ont-ils oublié le traité ? Parce que si c'est le cas et que l'un d'eux l'enfreint, ce sera la guerre ! S'emportait intérieurement Billy Black.
----- - Je me demande à qui appartient cette belle voiture... et surtout pourquoi elle reste garée là... peut-être que Bella a des problèmes avec sa camionnette...j'y jetterais un coup d'½il... c'est étrange je croyais pourtant connaître la majorité des jeunes du coin... mon père a dû reconnaître le conducteur, et à la façon dont il le regarde, j'ai l'impression qu'il ne l'aime pas beaucoup... pourtant il y a peu de gens que Billy n'aime pas. Les pensées de Jacob n'étaient qu'interrogations.
Ma main se figea sur la poignée
----- - Aïe ! Marmonnai-je
----- - Que se passe-t-il ? S'inquiéta Bella.
Evidemment elle avait remarqué que quelque chose me perturbait ! Je n'avais pu retenir l'inquiétude s'emparer de moi. Elle était vraiment très attentive. Pourtant je ne pouvais rien lui dire pour le moment, il ne valait mieux pas qu'elle sache, et puis je n'avais pas vraiment le temps non plus, Charlie se rapprochait, ainsi que Billy Black, et il valait mieux pour tout le monde que je sois parti avant qu'ils n'arrivent.
----- - Des complications... répondis-je mâchoires serrées.
Je lui ouvris la portière rapidement et repris ma place loin d'elle. Je ne devais pas me laisser distraire par elle.
La situation deviendrait trop grave si les Quileutes décidaient de nous déclarer la guerre. Je ne pouvais pas prendre cet avertissement à la légère. La voiture noire de Billy Black vint se garer en face de nous. Je ne pouvais en détacher mon regard. Billy Black continuait d'imaginer le pire. Il me voyait déjà en train de rompre le pacte. En réalité il n'avait jamais vraiment cru que nous puissions nous passer éternellement de sang humain. Il était certain que nous faisions régulièrement des écarts lors de nos fréquentes randonnées. Il avait peur pour Bella et ça je pouvais très bien le comprendre. Je combattais continuellement pour que ma raison soit plus forte que mon instinct et je tremblais de la blesser, même involontairement... Alors oui, j'entendais parfaitement les pensées de Billy Black.
----- - Charlie est au carrefour, l'avertis-je. Il fallait que Bella sorte de ma voiture à présent. Il fallait que je prévienne Carlisle. Bella sortit précipitamment. Avait-elle senti la tension que je ressentais ? Avait-elle réalisé à quel point mon état d'esprit frôlait le chaos ? Comment pouvais-je la protéger de moi-même alors que j'étais incapable de m'éloigner d'elle ?
Je démarrai aussi vite que possible. Les pensées de Billy Black m'assaillaient. Je pouvais sentir tout un mélange d'émotions. La peur en était la principale, mais il y avait aussi la haine, la suspicion, la méfiance, et le désir de protéger ceux qu'il aimait. Charlie étant son meilleur ami, il se faisait le devoir de mettre en garde Bella à mon sujet. Il pensait qu'elle ignorait tout de ce que j'étais réellement : un vampire. Il voulait qu'elle rompe tout contact avec moi... je ne pouvais pas lui reprocher de vouloir la protéger... mais je ne supportais pas l'idée qu'elle s'éloigne de moi. Bien sûr si c'était son désir, je partirais, son bonheur était tout ce qui comptait pour moi.
Un sentiment d'angoisse s'empara de moi... et si Billy Black réussissait à lui faire prendre conscience du danger que je représentais pour elle...elle me quitterait, c'est évident ! Je voulais qu'elle prenne conscience des risques qu'elle courait en acceptant de se retrouver si souvent seule avec moi, mais je désirais, égoïstement je le reconnais, que malgré ça elle accepte de rester à mes côtés. Si mon c½ur pouvait encore battre, il aurait la même vitesse que celle indiquée par le compteur de ma Volvo.
Il fallait que j'arrive à faire le vide dans ma tête pour pouvoir parler calmement à Carlisle. Il fallait que je puisse rester maître de mes émotions, c'était la condition pour être avec Bella. Et maîtriser mes angoisses était un bon entraînement. Si Emmett me voyait ainsi, il dirait sûrement que j'étais le vampire le plus stressé qu'il connaisse depuis l'arrivée de Bella dans ma vie!








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Camelia, Posté le dimanche 14 novembre 2010 12:21
WOW bravo c'est vrément trés bien fait bon boulot! Au début j'était pas trés concaincu de le lire mais là je suis complétement dedans ! encor une fois bravo!!